jeudi, 27 juillet, 2017

Citer davantage de femmes dans les médias, est-ce si difficile?

La sortie d’Expertes.eu, un annuaire pour les médias qui souhaitent un meilleur équilibre hommes-femmes dans le choix des spécialistes interviewés, est l’occasion de se pencher sur les obstacles concrets que rencontrent les journalistes pour atteindre ce but.femmes-et-medias

C’est devenu un classique. Chaque année, les études du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) nous rappellent que les femmes sont très peu présentes dans les journaux, sur les plateaux télé et à la radio. Et quand elles le sont, c’est rarement en tant qu’expertes, mais plutôt comme témoins, mères ou épouses de.

Le dernier baromètre de l’autorité de régulation médiatique indiquait par exmple en septembre 2014 que le pourcentage de femmes expertes était passé en moyenne de 18,9% en 2013 à 20,12% en 2014 dans les éditions d’information des chaînes généralistes et de 16,56% en 2013 à 17,73% en 2014 pour les radios. Autant dire une progression plutôt modeste. Autre exemple: une enquête des Décodeurs menée sur 20 numéros de 4 grands quotidiens indiquait en mars dernier que 81% des personnes présentes en une étaient des hommes, tout comme 78,5 % des personnes citées.

Pourquoi les choses évoluent-elles si lentement? Et surtout, qu’est-ce qui coince dans les pratiques des journalistes? A l’heure où une femme, Delphine Ernotte, vient d’être nommée à la présidence de France Télévisions et où sort un nouveau Guide –entièrement numérique– des expertes, sorte d’annuaire destiné aux médias, donnant ainsi quelque espoir aux tenants de la parité que les choses s’améliorent, nous avons interrogé des journalistes pour voir comment, concrètement, la parité est prise en compte ou non dans leur travail quotidien. Et notamment des jeunes femmes, se disant «féministes» pour la plupart.

«C’est vu comme une contrainte, et non comme une opportunité»

Premier constat: essayer d’équilibrer ses articles ne semble pas être un réflexe unanimement partagé par les journalistes que nous avons interrogés, y compris chez les femmes, pourtant «plus conscientes du problème» selon Brigitte Grésy, secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes (CSEP) et auteure d’un rapport sur la place des femmes expertes dans les médias. Près de la moitié de la quinzaine de journalistes sondés pour ce sujet reconnaissent humblement ne pas se poser la question, ne se poser la question que de temps en temps ou s’être posé la question relativement récemment, tandis que d’autres en sont plus conscients. Souvent parce que le type de sujets qu’ils traitent peut les exposer à plus de difficultés pour recueillir des témoignages des deux sexes, et que par conséquent le déséquilibre finit par leur sauter aux yeux.

Le réflexe de parité dans les articles ou sujets médias est encore loin d’être systématique, confirme un spécialiste du sujet, Arnaud Bihel. Il est journaliste aux Nouvelles News, un site Internet dont le crédo est justement de faire de l’info «50/50» et dont le slogan est «Ne lisez plus l’info à moitié»:

«Les journalistes ont toujours ce sujet là qui leur revient à la figure. Mais je ne suis pas sûr que la majorité d’entre eux ait intégré ça, et même les femmes. Il n’y a pas longtemps, une rédactrice en chef avait des mots très durs en me disant que c’était trop difficile de trouver des expertes. Même pour les gens concernés par les inégalités hommes-femmes, le principe n’est pas encore acté.»

«Il y a eu un certain nombre de directives, notamment dans les comités de rédaction. Mais je crois que ça n’est pas encore passé dans les têtes. Les journalistes se disent qu’ils veulent la liberté éditoriale et que la parité passe après. C’est vu comme une contrainte et non comme une opportunité… alors que faire venir des femmes permet de renouveler ces débats poussiéreux! C’est pour cela qu’il faut des objectifs chiffrés de progression», abonde Brigitte Grésy.

Source: Slate.fr

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